ENFANTS DE TROUPES

Mise à Jour le 12/11/2010


Ces pages consacrées aux enfants de troupe sont divisées en deux parties:
- Une première partie consacrée aux enfants de troupe pris en charge par les différents
Régiments
de l'armée française.
- Une deuxième partie consacrée aux écoles militaires préparatoires telles que:
- St Hippolyte du Fort, 3017
- Les Andelys
- Orphelinat Heriot
- EMP La Fleche
 

Sommaire


ENFANT DE TROUPE et LEGION ETRANGERE
(Article de Monsieur IBANEZ Antoine)
Les " enfants de troupe " sont les premiers enfants de la troupe, c'est à dire enfants de soldats et de bas-officiers admis à être inscrits, très jeunes, sur les registres du régiment où sert leur père.
Ces jeunes adolescents sont accueillis, encadrés et formés comme apprentis au sein des compagnies du régiment et perçoivent une solde. Quand ils atteignent l'âge légal pour le faire, ils sont tenus de s'engager dans le régiment en contrepartie des avantages économiques liés à leur statut.
 
Les Enfants de Troupe forment une population bien définie qui a ses spécificités et son histoire.
L'origine sociale modeste et l'engagement militaire contractuel sont les principales caractéristiques de l'institution des enfants de troupe.
Son histoire se déroule du siècle des Lumières au XXème en deux périodes distinctes d'un siècle chacune: la première est problématique en raison des conditions de vie et de formation des enfants au sein des régiments, la seconde a connu une évolution salutaire avec la création des écoles militaires préparatoires (EMP) dites écoles d'enfants de troupe.
 
" enfant de troupe " dans les régiments (1766-1884)
 
Très longtemps, l'absence d'une véritable logistique militaire pour le soutien de la troupe induit un nombre important de femmes et d'enfants dans le sillage des armées, dans les garnisons du temps de paix comme sur les théâtres d'opérations.
Les conditions de vie difficiles réservées à ces " enfants des armées ", les destinent au mieux à la fonction de valet d'armes, les établissements d'éducation militaire, à vocation de recrutement des officiers, étant réservés aux fils d'officiers et aux jeunes nobles.
 
L'institution des " enfants de troupe " est née par la volonté du Roi LOUIS XV le Bien-Aimé pour montrer sa bienveillance et pour manifester la reconnaissance du Royaume aux plus humbles parmi ses défenseurs.
De ce fait, l'ordonnance royale du 1er mai 1766 peut être considérée comme son acte de naissance " Article 2: Veut cependant permettre Sa Majesté à tous les Commandans de ses régiments d'infanterie françoise & étrangère, d'admettre, à raison d'un par compagnie, les enfans des bas Officiers et Soldats de chaque régiment, nés au corps, à y faire service & recevoir la solde comme les autres, lorsqu'ils auront atteint l'âge de dix ans, & qu'ils seront d'espérance...bien entendu que les-dits enfans, lorsqu'ils seront parvenus à l'âge de seize ans,seront tenus, s'ils ont les qualités requises, de contracter un engagement de huit ans, en leur donnant le prix de l'engagement comme aux hommes de recrues. "
 
L'ordonnance royale du 17 mars 1788 portant règlement sur la constitution de l'infanterie, et spécialement sur la formation et la solde de l'infanterie française modifie favorablement les dispositions initiales en doublant en particulier les effectifs. Deux enfants sont admis par compagnie et soldés dès l'âge de six à huit ans. Ils sont élevés chez les maîtres-ouvriers du régiment ou attachés à la musique.
 
L'expression " enfant de troupe " apparaît pour la première fois dans un texte législatif signé du Premier Consul BONAPARTE. Les dispositions pour l'admission des enfants dans les régiments sont étendues à toute l'armée, elles étaient auparavant réservées à la seule infanterie.
L'arrêté du 7 thermidor an VIII (26 juillet 1800) relatif aux enfants de troupe et aux femmes à la suite de l'armée est, de ce fait, l'acte de baptême de l'institution.
 
Le Roi Louis-Philippe précise dans son ordonnance du 14 avril 1832 concernant les enfants de troupe et les femmes attachées aux corps de toute arme :
Article 1, admission d'un enfant de troupe par compagnie d'infanterie de ligne et légère, deux pour toutes les autres compagnies, escadrons ou batteries,
Article 3, admission à partir de l'âge de deux ans pour les enfants ayant leur père ou leur mère au corps, huit ans pour les autres,
Article 5, à quatorze ans et jusqu'à l'âge de l'engagement, les enfants de troupe sont tenus de servir comme tambours, clairons, trompettes ou musiciens.
 
 
" Enfants de troupe " de la Légion étrangère (1831-1884)
 
Le Roi LOUIS-PHILIPPE crée la Légion étrangère par ordonnance du 10 mars 1831.
" Les bataillons auront la même formation que les bataillons d'infanterie de ligne française [...]
Pour la solde, les masses et son administration, la Légion étrangère sera assimilée aux régiments français. "
En conséquence, conformément au régime général, l'institution des enfants de troupe croise la destinée de la Légion étrangère de 1831 à 1884.
 
Le contingent d'enfants de troupe est faible en effectifs, et peu significatif en termes d'engagements pour plusieurs raisons :
- un seul poste budgétaire d'enfant de troupe prévu par compagnie,
- le nombre initial des bataillons étrangers est limité, sept bataillons à huit compagnies,
- la mise sur pied problématique des unités, lente et progressive, ne s'achève qu'en 1834, juste avant la cession de la Légion étrangère à l'Espagne,
- le potentiel en " enfants de la troupe " légionnaire est très faible car les mariés et les familles sont rares,
- le recrutement des engagés volontaires suffit, en lui-même, aux besoins des formations en spécialistes pour les bureaux, ateliers et musiques.
 
Les effectifs instantanés des enfants de troupe présents à la Légion étrangère varient donc de quinze à trente pour un effectif théorique maximum de l'ordre de la cinquantaine.
Au départ en opérations, les enfants de troupe sont regroupés en base arrière, dans les compagnies de dépôts. Durant la campagne du Mexique (1863-1867) du Régiment étranger, sa trentaine d'enfants de troupe est répartie entre les dépôts de la Marine à Toulon, du 2ème Régiment de Zouaves à Oran et du 7ème Régiment d'Infanterie de ligne à Aix-en-Provence.
 
 
Les écoles d'enfants de troupe (1884-1982)
 
En 1874, une commission de généraux inspecteurs propose de regrouper les enfants de troupe des régiments dans les écoles de l'Etat et se prononce sur la création d'une école d'essai pour les enfants de troupe à Rambouillet (instruction du 25 août 1875).
 
Le mouvement en faveur de l'instruction publique de Jules FERRY et l'essai concluant de Rambouillet créent les conditions favorables à l'extension du système des écoles.
Le général CAMPENON, ministre de la Guerre, fait signer au président de la République, Jules GREVY, la loi du 19 juillet 1884 qui met fin à la présence des enfants de troupe dans les régiments et crée six écoles militaires préparatoires (EMP):
Rambouillet, Les Andelys, Montreuil-sur-Mer, Saint-Hippolyte-du-Fort, Billom, Autun.
 
Dans l'article premier de cette loi, le statut d'enfant de troupe " dans la famille ", dès l'âge de deux ans, est institué. Il prévoit l'intégration dans une EMP à l'âge de 13 ans.
Ce statut tombera progressivement en désuétude, faute de financement en 1934, avant d'être définitivement abrogé en 1959.
 
Avec ses écoles militaires préparatoires l'institution rejoint la longue et ancienne lignée des établissements d'éducation militaire tout en conservant sa spécificité " enfant de troupe ".
D'autres établissements du même type succèderont à ces " écoles mères ", en métropole et dans l'empire colonial.
Elles se nommeront " écoles militaires préparatoires " en Afrique, à Madagascar et à La Réunion et " écoles d'enfants de troupe " en Indochine.
 
Un siècle plus tard, les EMP ont évolué pour devenir des collèges puis des lycées militaires (décret du 10 septembre 1982). Le recrutement est désormais ouvert aux jeunes filles, sans distinction d'origine sociale, l'engagement contractuel dans l'armée n'est plus obligatoire.
 
C'est la fin de l'institution des " enfants de troupe ".
 
 
" Anciens Enfants de Troupe " ( A E T )
 
L'appellation " ancien enfant de troupe " désigne les anciens enfants de troupe admis dans les régiments, les anciens enfants de troupe dans la famille et les anciens élèves des écoles militaires préparatoires dites " écoles d'enfants de troupe "
.
La solidarité AET est légendaire. Elle représente l'essentiel de l'" esprit enfant de troupe ".
L'éloignement familial, la vie en internat militaire et l'éducation aux valeurs collectives d'autorité et de respect de l'ancien par le jeune " bleu " renforcent progressivement et durablement la cohésion du groupe.
Longtemps la tradition du parrainage AET a été respectée dans les unités de l'armée de Terre car un ancien a toujours le devoir d'aider un jeune nouvellement affecté ou un camarade en difficulté.
 
Le 8 juillet 1910, création de l'association amicale des anciens enfants de troupe par Ulysse PASTRE, ancien professeur de Français à l'EMP de Saint-Hippolyte-du-Fort (Gard).
Un siècle plus tard elle regroupe les élèves et anciens élèves des lycées et collèges militaires, des écoles militaires préparatoires et les anciens enfants de troupe alors que la notion d'" ancien enfant de troupe " dans les établissements d'enseignement de la Défense s'est estompée et ne survit difficilement que comme appellation de tradition.
 
Les anciens enfants de troupe et la Légion étrangère
 
Peu d'enfants de troupe inscrits dans les régiments de la Légion étrangère au XIXème siècle ont signé un engagement et très peu ont fait carrière.
Cependant beaucoup d'anciens enfants de troupe venus de corps extérieurs dans un premier temps puis des écoles militaires préparatoires ont servi et servent sous le fanion vert et rouge de la Légion.
 
Parmi les officiers AET, quelques uns ont eu l'honneur de commander un régiment étranger, cinq ont commandé la Légion étrangère.
 
JEANNINGROS Pierre Jean Joseph, général (1816-1902)
Né le 21 novembre 1816 à Besançon (Jura), second d'une famille de 8 enfants, fils de lieutenant, il est admis comme enfant de troupe en 1831 au 66ème régiment d'infanterie de ligne avec lequel il participe à la conquête de l'Algérie et fait une longue carrière d'officier dans les zouaves.
Le 13 mars 1862 il prend le commandement du régiment étranger en Algérie et part pour le Mexique de février 1863 à mars 1867. C'et au cours de cette campagne, sous ses ordres, que se déroule le 30 avril 1863 l'héroïque combat de Camerone.
Le 13 août 1865 il est nommé général de brigade et, de retour en France métropolitaine, il occupe différents commandements territoriaux..
Rendu à la vie civile le 17 janvier 1882, le vieux général ne reste pas inactif. En 1883, il est nommé inspecteur général des " bataillons scolaires ", mouvement patriotique et républicain dont l'objectif est d'initier les enfants des écoles primaires aux exercices physiques et de leur donner des notions de discipline pour préparer la revanche.
Il décède le 24 février 1902 à Paris et est inhumé à Servon en Seine-et-Marne.
 
4 anciens enfants de troupe ont récemment commandé la Légion étrangère.
 
LARDRY Paul, général d'armée
Né le 2 septembre 1928 à Montceau-les-Mines (Saône et Loire), fils d'artisan, reçu au concours des écoles militaires préparatoires en 1941, rejoint l'EMP des Andelys repliée à Béziers puis Montélimar. Il poursuit ses études à l'EMP d'Autun (1944-1947) et au prytanée national militaire de La Flèche (1947-1948).
Il intègre l'école spéciale militaire interarmes de St Cyr, promotion "général FRERE " (1948-1950)
Il commande la Légion étrangère de 1980 à 1982.
 
COULLON Jean-Claude, général d'armée
Né le 7 décembre 1929 à Maves (Loir et Cher), fils de gendarme, reçu au concours des écoles militaires préparatoires, il rejoint l'EMP de Billom en 1942, poursuit ses études à l'EMP d'Autun en 1946 puis au prytanée national militaire de La Flèche en 1948.
Il intègre l'école spéciale militaire interarmes de St Cyr, promotion " Extrême-Orient " (1950-1952)
Il commande la Légion étrangère de 1982 à 1985.
 
 
LE CORRE Raymond, général de division
Né le 31 octobre 1933 à Saint-Etienne (Loire), fils de gendarme, reçu au concours des écoles militaires préparatoires en 1946, il rejoint l'EMP d'Epinal installée à Montélimar depuis 1940. Quelques mois plus tard, l'école est dissoute pour devenir l'EMP d'Aix-enProvence.
En 1953, il intègre l'école spéciale militaire interarmes de St Cyr,
promotion " Ceux de Dien-Ben-Phu " (1953-1955)
Il commande la Légion étrangère de 1988 à 1992.
 
PICHOT DE CHAMPFLEURY Louis, général de division
Né le 20 décembre 1954 à Toulon (Var), fils de directeur d'entreprise.
Elève des classes préparatoires de l'EMP d'Aix-en-Provence (1972-1974), il intègre l'école spéciale militaire de St Cyr, promotion Lieutenant DARTHENAY (1974-1976).
Il commande la Légion étrangère de 2006 à 2009.
 
Les AET " frères d'armes " de la Légion étrangère
 
Au musée de la Légion étrangère, quartier Vienot, à Aubagne, 908 noms d'officiers morts au combat dans les rangs de la Légion étrangère sont inscrits sur les plaques de marbre de la crypte.
Le premier d'entre eux, mort pour la France en " Algérie " le 23 mai 1832 est AET. Il s'agit du lieutenant CHAM, admis en 1817, à 13 ans, comme enfant de troupe dans un régiment suisse de la Garde royale.
 
26 officiers, tombés entre 1945 et 1962, ont également été identifiés AET.
 
 
Le 30 avril 2010, quartier Vienot à Aubagne,
lors des cérémonies commémoratives de Camerone à la " maison mère "
les anciens enfants de troupe (AET) ont été honorés du titre de " frères d'armes "
de la Légion étrangère.
 
 
 
Bibliographie
 
Association des anciens enfants de troupe, Historique des Enfants de Troupe et des Ecoles Militaires
Préparatoires, imp.Mauri, 1963
 
Jean DALVERNY, Evolutions et mutations dans les écoles militaires préparatoires, imp.DFS, 2010
 
Jean-Baptiste GALLE, Mémorial des Enfants de Troupe morts pour la France, Pharmapost, 1999
 
Nicolas TACHON, Enfants de troupe dans les régiments 1788-1888, l'esprit du livre éditions, 2005
 
 
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